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Le bassin de la Meuse Retour à la page précédente
 
Les documents d'archives

 

Des repères de crue (marques gravées dans la pierre ou plaque en fonte) aux récits relatés dans des documents et ouvrages historiques, de nombreux témoignages attestent des hauteurs atteintes par les eaux depuis le XIIIème siècle.
Les principales données historiques proviennent de l’ouvrage de Maurice Champion intitulé "Les inondations en France du VIème siècle à nos jours", des dépôts d’archives publics que sont les Centre d’Archives Départementales, ainsi que de rapports plus récents pour les crues survenues après 1950.
L’inventaire des crues n’est pas exhaustif mais contribue au développement d’une réflexion approfondie et à l’enrichissement de la mémoire.

voir :
- les documents d'achives
- les extraits de l'ouvrage de M. Champion "Les inondations en France du 6ème siècle à nos jours"

 

Synthèse des principales crues historiques sur le bassin versant français de la Meuse
 
Archives départementales

 

 

affiche d'annonce de crue
Avis d’annonce de la crue de 1876 à Charleville-Mézières. La transmission de l’information à la population était réalisée par affichage sur les lieux publics (mairie, école…) (source : © Conseil Général des Ardennes, Archives départementales).
affiche d'annonce de crue
Affiche officielle signée par le préfet de la Meuse sur les mesures à prendre à la suite des inondations de 1910. Ces affiches ont été placardées sur les lieux publics des communes affectées par cette crue (source : © Conseil Général de la Meuse, Archives départementales)
affiche d'annonce de crue


Les lignes télégraphiques et vélocipédiques : pour une annonce de crue de l’amont vers l’aval en temps réel. Les lignes télégraphiques et vélocipédiques : pour une annonce de crue de l’amont vers l’aval en temps réel.

Les lignes télégraphiques et vélocipédiques : pour une annonce de crue de l’amont vers l’aval en temps réel. (source : © Conseil Général des Ardennes, Archives départementales, 1890)

plan et commande de reperes de crue 1910 plan et commande de reperes de crue 1910

plan et commande de reperes de crue 1910 plan et commande de reperes de crue 1910

Moins exceptionnelle que celle survenue en 1880 sur le bassin de la Meuse, la crue de 1910 fut l'objet de la première campagne de matérialisation de repères de crue. Voici les plans détaillés des plaques et échelles en fonte douces réalisés à l’époque, ainsi que les bordereaux de commandes passées dans les Ardennes (Source : © Conseil Général des Ardennes, Archives départementales).

Plan des échelles
Plan des repères
Echanges commandes échelle et repères de crue 1, 2 et 3

carte aménagement saint mihiel écoulement des eaux 1808
Réalisée en 1808 par un ingénieur des Ponts et Chaussées, cette carte de Saint-Mihiel est une des plus anciennes retrouvées au Centre d'Archives Départementales des Ardennes concernant des projets d'aménagement pour favoriser l'écoulement des eaux (source : © Conseil Général des Ardennes, Archives départementales).
carte des pluies janvier 1880

débacle crue de la Semoy, 1955
Répartition spatiale des inondations de 1740, 1814 et 1844 à Verdun.
Répartition spatiale des inondations de 1740, 1814 et 1844 à Verdun. (source : © Conseil Général de la Meuse, Archives départementales)

 


Les crues historiques sur le bassin international
de la Meuse du IXème au XIXème siècle.
 
Le texte ci-dessous est extrait de l'oeuvre de Maurice CHAMPION réédité par Denis COEUR : Les inondations en France du VIème siècle à nos jours, Dunod, 1858 - 1864.
 

Récapitulatif des crues

Inondation à Liége en 858
Débordements de la Meuse ou de ses affluents en 1068, 1118, 1142, 1230, 1237
Submersion de Verdun en 1246 et 1302.
Forte crue de la Meuse en 1332.
Inondations à Liége en 1463, 1541, 1560, 1571.
Grandes crues de la Meuse en 1639, 1697, 1734, 1740, 1758, 1774, 1784.
Hauteurs extraordinaires des eaux en 1814, 1836, 1840, 1844, 1845, 1846, 1850, 1854, 1861, 1862.

 

 

 

"

Comme le Rhin, la Meuse n'appartient que partiellement au territoire français ; sur la longueur totale de son cours, d'environ 800 kilomètres, nous n'en possédons que 368 depuis sa source jusqu'à la frontière. Bien que ce fleuve, dans cette partie, soit loin d'avoir l'importance qu'il acquiert en Belgique et en Hollande, où ses débordements ont exercé, depuis un temps immémorial, les plus grands ravages, il n'en présente pas moins, pour notre pays, des faits dignes d'être recueillis.

IX

On lit dans les Annales de Saint-Bertin, sous la date de 858 : " Dans le bourg de Liége, où repose le corps de St-Lambert, il survint soudainement, au mois de mai, une telle inondation causée par les pluies, que la Meuse se précipitant violemment hors de son lit, emporta les maisons, les murs de pierre, les édifices, les hommes, avec tout ce qu'elle rencontra, et l'église de St-Lambert elle-même. "

Liège
XII

Guillaume de Nangis nous apprend qu'en 1118 : " Le fleuve de la Meuse, fut vu hors de son lit, comme suspendu dans les airs. " - En 1068, suivant la chronique de Lobe, les eaux débordèrent, et cette brève mention s'applique évidemment à la Sambre, affluent de la Meuse. En 1142, " il y eut un grand débordement des fleuves, pendant l'hiver, " ajoute la chronique que nous venons de citer.

XIII

Dans celle d'Alberic, moine des Trois-Fontaines, on lit sous la date de 1253 : " Durant l'hiver, une inondation causée par la fonte des neiges, amena des pertes énormes. A Huy, le 5 des ides de février, le Hoyoux commença à grossir impétueusement vers minuit jusqu'à trois heures. Les murs de la ville croulèrent avec une étonnante promptitude, et plus de trois cents maisons furent effondrées ."

En 1230, " pendant l'hiver, d'après la même chronique, une autre inondation du Hoyoux, à Huy, causa de grands dommages aux habitants. "

En 1237 : " Le dimanche, jour de la conversion de saint Paul, rapporte encore la chronique d'Alberic, la Meuse grossit tellement, que de mémoire d'homme on ne se rappelait pas l'avoir vue aussi forte, car chez nous, elle monta presque jusqu'au niveau du sol de notre cloître. "

" L'hiver de 1245 à 1246, dit un historien de Verdun, fut si pluvieux, que les eaux de la Meuse inondèrent toute la ville basse ; on allait en bateau dans la Grand'rue. "

Verdun
XIV

En 1302, la même ville souffrit aussi beaucoup par le débordement de la Meuse ; il fut si extraordinaire qu'il fallut se servir de bateaux pour secourir les bourgeois de la ville basse.

Il est parlé, dans les chroniques de Metz, mais sans aucun détail, d'une grande crue de la Meuse, qui eut lieu en 1332.

Verdun
XV et XVI

Les annales de la ville de Liége font mention aux XVe et XVIe siècles de quelques grandes inondations de la Meuse, dont on ne retrouve aucune trace sur le cours supérieur du fleuve, appartenant aujourd'hui à la France. Cependant, il n'est pas invraisemblable de croire qu'elles aient pu s'y faire sentir, et c'est pourquoi nous croyons devoir rapporter les extraits suivants d'un historien de Liége.

1463. - " Il arriva une inondation prodigieuse. Le faubourg de Sainte-Marguerite regorgeait si prodigieusement d'eaux boueuses, qu'après qu'elles furent retirées, elles laissèrent un limon de la hauteur d'un homme ; de là, étant venues avec furie dans la cité, elles gagnèrent le maître-autel de l'église Saint-Séverin, puis entraînant tout ce qui se trouvait sur leur passage, elles portèrent la désolation jusqu'à l'extrémité de la ville. "

1541. - " Au mois d'avril, les eaux vinrent fondre dans la ville, d'une telle furie, que depuis la porte Sainte-Marguerite jusqu'à la rue du Pont, c'était ni plus ni moins qu'une rivière navigable ; les eaux qui descendaient de Pierreuse, comme des torrents, ayant gagné le palais, furent inonder la cathédrale, levèrent le pavé de marbre, et les eaux poussèrent jusqu'au maître-autel. "

1560. - " Cette année fut très-affligeante pour le pays, à raison des fréquentes inondations causées par des pluies continuelles, qui désolèrent si généralement les villes et les campagnes, que l'évêque, considérant que c'était la troisième année de stérilité de vin, obligea les créanciers de remettre une partie des cens à leurs vignerons. "

1571. - " L'hiver fut si âpre, depuis la fin du mois de novembre, que les rivières furent comme pétrifiées. Cette gelée fut suivie, au printemps suivant, d'une espèce de déluge, dans la cité et les lieux circonvoisins, qui fut causée par les débordements de la Meuse, de l'Ourthe et de la Vesdre ; elles vinrent fondre d'une telle furie, qu'elles entraînèrent le pont d'Amercœur : on voyait les maisons et les chapelles marcher, pour ainsi dire, sur ce corps fluide ; la ville était si inondée de toutes parts que quantité de familles furent contraintes de gagner les toits des maisons, de sorte qu'on leur faisait passer de quoi manger au moyen de longues piques1. "

Liège
XVII

L'abbé Arnauld constate, dans ses mémoires, qu'en 1639, en moins de six heures, une effroyable inondation de la Meuse, à Verdun, emporta presque tous les ponts et une grande partie des maisons d'une rue proche de la rivière.

Pendant l'été de 1697, l'abondance des pluies fit déborder la Meuse, qui, suivant le docteur Fuster, grossit de 7 pieds en une seule nuit. - Au commencement du mois de juillet 1734, les pluies firent déborder la Meuse, dit encore, sans autre détail, le même auteur.

Verdun
XVIII

Une lettre de Charleville, datée du 21 octobre 1740, et insérée dans une gazette, s'exprime en ces termes : " La Meuse grossit à vue d'œil et charris toute sorte d'effets, des grains en gerbes, des chanvres, des fumiers, des meubles de toute espèce et jusqu'à des bois de lit tout montés, sans qu'on sache encore la cause de ce désastre. Il n'y a pas de doute que cette cause ne provienne, soit d'une inondation de la Meuse, puisqu'il est tombé à Charleville de grandes pluies, et qu'il doit en être tombé beaucoup plus sur la Haute-Meuse ; les débordemens de cette rivière sont les plus considérables qu'on ait jamais vus. Toute la ville basse de Verdun a été inondée. "

En 1758, selon M. Henri Lepage, la Meuse resta débordée les 8 et 9 août. - En février 1764, les eaux de la Meuse, enflées par des pluies continuelles, causèrent de grands dommages en Hollande, mais rien n'indique que cette inondation se soit fait sentir en France.

En 1784, la Meuse éprouva une très forte crue, qui, à Liége, égala presque celle de 1740. Verdun souffrit beaucoup de cette inondation, à ce point que les dommages causés aux ponts de cette ville étaient évalués à près de 350,000 livres.

Charleville

 

 

 

Verdun

XIX

Durant l'hiver de 1814, au mois de janvier, il y eut un débordement considérable de la Meuse, dont voici les cotes : Sauvigny, 2m,47 ; Pont-sur-Meuse, 1m,62 ; Bannoncourt, 2m,61 ; Tilly, 2m,23 ; Verdun, entre les ponts, 3m,481.

En 1836, le 29 novembre, les eaux de la Meuse s'élevèrent, à Verdun, à 2,90 m ; le 11 décembre, elles parvinrent à 3,10 m, et submergèrent le quartier de cavalerie, que l'on fut obligé d'évacuer.

En 1840, deux fois le niveau du fleuve, dans la même ville, atteignit la cote de 3m, le 29 janvier et le 1er novembre.

Le 27 février 1844, la Meuse s'éleva, à Verdun, à 3,20 m ; il résulte des observations faites par le service des ponts et chaussées que c'est la plus haute crue qui se soit produite, de nos jours, sur ce point.

Sauvigny
Pont-sur-Meuse
Bannancourt
Tilly
Verdun

Toutefois, depuis cette époque, des débordements partiels de la Meuse se firent sentir en France, mais ils ne présentèrent pour notre territoire qu'une importance insignifiante, bien que quelques-uns aient été pour la Belgique et la Hollande de véritables catastrophes. On verra par les extraits suivants des journaux ou d'ouvrages spéciaux, comparés aux cotes les plus hautes des eaux, à Verdun, qu'il n'y a pas toujours corrélation entre les crues de la Meuse supérieure, dans sa partie française, et celles de la Meuse inférieure, dans les deux pays que nous venons de nommer. Elles peuvent simultanément offrir de grandes différences de niveau ; tandis que le débordement de l'une est à peine sensible, l'autre cause une inondation désastreuse. Cela s'explique par le régime du fleuve, qui diffère essentiellement de nature dans ces deux portions distinctes de son cours, et par le produit de ses affluents, beaucoup plus considérable en aval de la France qu'en amont.

Aux mois de décembre 1845 et janvier 1846, de fortes crues de la Meuse se manifestèrent. Une lettre de Liége disait : " La Meuse, dont la crue avait paru cesser, a recommencé à monter de nouveau pendant la nuit. Cette inondation est la plus forte que l'on ait éprouvée depuis 1784 ; mais elle est encore restée 0,75 m au-dessous de celle de 1740. " Cette crue se fit sentir à Sedan, d'où l'on écrivait : " La Meuse a franchi son lit et a fait irruption dans la ville avec une abondance qu'on ne lui avait point encore connue jusqu'à ce jour. Dans certains quartiers, les caves et les rues sont inondés ; la circulation est interceptée sur plusieurs points, quelques maisons sont cernées par les eaux et les habitants sont bloqués dans leurs logements. "

A Charleroy, la crue était plus violente ; une lettre du 27 janvier disait : " Nous sommes ici au milieu d'un immense lac ; notre ville basse est inondée de 5 pieds d'eau en plusieurs endroits. Les communications y sont interrompues depuis hier, à midi, et ce matin, à 10 heures, l'eau n'a pas encore diminué. C'est une désolation générale et la pluie ne cesse pas. " Namur, Liége, Maëstricht, furent également submergés par les eaux de la Meuse.

 

 

 

 

 

Liège

Sedan

 

 

Charleroy

En 1850, dans les premiers jours de février, la Meuse déborda avec intensité, en Belgique ; la hauteur maximum des eaux fut, à Liége, de 5,30 m , mais cette crue se fit à peine sentir en France. La même année, à la suite des pluies torrentielles tombées les 15 et 16 août, tous les cours d'eau du bassin de la Meuse inférieure éprouvèrent des crues extraordinaires ; voici en quels termes M. l'ingénieur en chef Belgrand parle de ces inondations : " La Sambre sort de son lit ; la plaine de Maubeuge à Valenciennes est couverte d'eau. A Avesnes, l'Helpe, affluent de la Sambre, envahit la partie basse de la ville et menace le magasin à poudre. A Namur, la Sambre passe par-dessus les digues, et tombe avec violence dans la Meuse, dont la crue est beaucoup moins élevée. La Meuse, dans toute la traversée du territoire français, n'a éprouvé aucune crue sensible. Suivant M. Larivière, ingénieur à Neufchâteau, jamais ses crues ne sont torrentielles et ne s'élèvent à plus de 2,40 au-dessus m de l'étiage. A Verdun, pendant que la Belgique était inondée, la rivière restait stationnaire à 0m,50 au-dessus de l'étiage. A Sedan, point encore plus rapproché du théâtre de l'inondation, la plus grande différence de niveau, du 6 au 17 août, est de 0,13 m ; à l'aval de Verdun, la Meuse quitte les terrains oolitiques pour entrer dans les terrains siluriens imperméables ; il paraît cependant que jusqu'à Namur, la crue ne prend pas un grand accroissement. Mais à l'aval de Namur, elle devient beaucoup plus forte ; à Liége, elle s'élève à 3,65 m au-dessus de l'étiage et envahit toutes les parties basses de la ville. "

Belgique

En 1854, durant l'été, la Meuse subit une forte crue, dont la hauteur maximum fut, le 8 juin, de 2,47 m à Verdun ; elle présenta, sur tous les points de son cours, en France, les plus hautes eaux connues, dans cette saison.

Verdun
La crue qui se manifesta, en 1856, à la même époque, doit être également considérée comme exceptionnelle ; elle ne fut, à Verdun, que de 0,09 m inférieure à celle de 1854, et resta partout en contre-bas de celle-ci dans les mêmes proportions.
Verdun

Au mois d'octobre 1860, on écrivait d'Avesnes : " Par suite des pluies persistantes de ces jours derniers, nous avons à signaler une inondation générale dans notre contrée. La Sambre, les deux Helpes et tous les cours d'eau qui arrosent notre arrondissement, sont débordés et couvrent au loin les prairies d'une nappe d'eau qui, dans la vallée de la Sambre, présente l'aspect d'une petite mer. "

Avesnes

En janvier 1861, la Meuse causa d'immenses désastres, en Belgique et en Hollande, renouvelés en 1862, également au mois de janvier. Mais en France, il n'y eut que quelques inondations partielles insignifiantes et tout à fait locales. Une lettre de Dun, du 10 janvier 1861, disait : " Avanthier matin, les habitants ont trouvé l'eau de la Meuse, qui déjà était grosse, élevée de plus d'un mètre et demi ; elle envahissait toutes les parties basses de la ville et n'a cessé de croître jusqu'à 11 heures du soir, moment où elle a atteint la limite de 4m environ au-dessus de l'étiage et de 1,50 m au-dessus des plus hautes eaux. Cette élévation prodigieuse du fleuve provenait, cette fois, non plus de l'amont, mais du dessous ; les glaces avaient, en effet, opéré un barrage immense à quelques kilomètres au-dessous de Dun, et ce barrage avait fait refluer les eaux de 1,50 m en quelques heures. Comme c'était de nuit, et que personne n'avait songé à cette surélévation, il y a eu beaucoup de dégât. Les maisons des quartiers de l'Ile et des Clouères ont beaucoup souffert. " Pendant ce temps, les localités au-dessus et au-dessous de Dun ne se ressentaient presque pas de la surélévation des eaux.

On lisait dans les journaux des premiers jours de février 1862 : " Les départements du Nord et de l'Est de la France et la vallée de la Meuse (Belgique), ont été désolés, le 30 janvier et les jours suivants, par des inondations que faisaient pressentir les pluies de la semaine dernière. Les inondations ont été fort graves, notamment dans l'arrondissement d'Avesnes. Les plaines qui s'étendent depuis Saint-Hilaire jusqu'à la Sambre ont été couvertes d'eau. Depuis Mons jusqu'à Avesnes, les communications ont été interrompues. "

Cette inondation prit en Belgique un caractère de généralité qui la rendit très-désastreuse. Un journal de Liége en parlait en ces termes : " Dans la journée du 1er février, les eaux de la rivière, qui avaient déjà atteint une grande hauteur, se sont encore élevées de quelques pieds. On ne se rappelle pas avoir vu une crue aussi rapide. Il paraît que cette grande masse d'eau est venue en partie de la France, et principalement des montagnes des Vosges, dont les sommets étaient couverts de neiges abondantes, qui se sont rapidement fondues sous l'influence des grandes pluies et de la température de ces derniers jours. Toute la vallée de la Meuse, depuis Dinant jusqu'à Maëstricht, est complètement inondée. Elle présente le spectacle d'une immense nappe d'eau qui s'étend jusqu'au pied des montagnes. Un grand nombre d'habitations ont été envahies, des campagnes ravagées, des bestiaux noyés. A Huy, l'inondation a envahi tout le bas de la ville ; les quais et plusieurs rues ont été submergés. Le Hoyoux, cette rivière impétueuse, s'était transformée en un véritable torrent, qui entraînait tout sur son passage. Sur tout le parcours de la vallée, les ruisseaux qui se jettent dans la Meuse, extraordinairement grossis par les pluies, avaient pris les proportions de petites rivières. Entre Liége et Maëstricht, l'inondation a causé des dégâts considérables. "

Belgique Hollande

Comme complément à ces observations, nous ajouterons les détails donnés par M. Armand Buvignier, sur le régime de la Meuse française. " Dans les hautes eaux, dit-il, le volume de la Meuse s'est élevé, à Verdun, à 799mc. Les berges de ce fleuve sont généralement basses. Elles s'élèvent quelquefois à 1m ou à 1,50 m, rarement à 2m au-dessus de l'étiage. La prairie étant très large, les crues ont peu de hauteur ; elles atteignent 1,20 m ou 1,25 m à Tilly ; 2m, à Stenay ; à Troussey, les eaux s'élèvent, en amont du pont-canal, à 3m au-dessus de l'étiage et à 1m au-dessus de la prairie. Dans la traverse de Verdun, où la rivière est plus resserrée, elles vont quelquefois jusqu'à 3,56 m. La Meuse croît très rapidement, mais elle décroît avec plus de lenteur. Elle est souvent 10 ou 12 jours avant d'être rentrée dans son lit. Les eaux généralement limpides se troublent dans les débordements. Ceux-ci sont assez fréquents du mois d'octobre au mois d'avril, mais dans cette saison, ils causent peu de dommages. Il n'en est pas de même de ceux qui surviennent quelquefois au mois de juin. Un limon fétide, qui, versé plus tôt sur la prairie, eût été pour elle un riche engrais, s'attache aux plantes et les rend tout à fait impropres à la nourriture des animaux. D'autres fois, ces crues survenant au moment de la fenaison, entraînent le fourrage déjà coupé ou y développent une fermentation putride.

"